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Tabagisme : L’approche diplomatique mais payante du ministre du commerce

Cette fois, les Organisations de la société civile (OSC) antitabac semblent avoir un allié crédible au sein du gouvernement dans la lutte contre le tabagisme au Burkina Faso. Il s’agit du ministre Harouna Kaboré. Dans une démarche inclusive et diplomatique, il a réussi à arrondir les angles de sorte à amener les OSC et les producteurs qui, jusque là étaient à couteaux tirés, à convenir d’une feuille de route.

Des lois et des mesures sont prises par l’Etat en vue d’endiguer le phénomène tabagique qui tue au moins 4 000 personnes par an au Burkina. Mais les fabricants et importateurs de cigarette, jusque-là ne les appliquent pas, au grand courroux des organisations comme Afrique contre Tabac (Aconta) de Salif Nikiéma et le Réseau des Journalistes Anti-Tabac (REJAT) de Abdoul Wahab Nombre. Ces OSC ne cessaient de monter au créneau pour exiger l’application pure et simple des lois nationale et internationale en matière de tabagisme. La donne est train de changer avec le jeune ministre Harouna Kaboré qui a su et pu réunir les protagonistes autour d’un accord avec toile de fond la mise en œuvre des mesures et lois visant l’endiguement du tabagisme.

Une démarche inclusive

Depuis que le ministre Harouna Kaboré est arrivé à la tête du ministère du commerce, de l’industrie et de l’artisanat (MICA), les choses semblent bouger dans le bon sens. Il a réussi à arrondir les angles de sorte que les tenants du marché de la cigarette acceptent désormais de conformer aux injonctions législatives. Sachant visiblement manier la carotte et le bâton, le ministre Harouna Kaboré a su dans un premier rassembler tous les concernés du domaine à la table du dialogue et les a convaincu de la nécessité d’appliquer la règlementation. Cette démarche lui a permis de se rendre compte que tous, notamment les cigarettiers, n’étaient pas au même niveau d’informations. Les mesures idoines ont été prises pour que tous soient véritablement mis au courant et que tout ce qui étaient considéré comme malentendus ont été levés. Désormais, le boulevard est ouvert pour l’application des textes notamment l’apposition des images et messages sanitaires illustrés et écrits, sur les emballages.

Un guide pour l’emballage des produits du tabac

Pour s’assurer et faciliter l’effectivité des mesures, le ministre a conçu un guide pour le mettre à la disposition des fabricants et des entreposeurs des produits du tabac. Ce qui devra, selon le ministre, à les « aider à la mise en œuvre efficace et effective des dispositions de la loi n°040-2010/AN du 25 novembre 2010 portant lutte contre le tabac au Burkina Faso, ensemble ses textes d’application ». Dans un communiqué qu’il leur a adressé en début de ce mois de février, le ministre signale que désormais « tout paquet, cartouche, carton ou emballage des produits du tabac commercialisés au Burkina Faso, doit désormais porter des avertissements sanitaires, conformément au guide d’apposition des images et messages sanitaires illustrés et écrits, sur lesdits emballages.» Il invite, par conséquent, « les  fabricants et les importateurs des produits du tabac », y compris « les grossistes et les détaillants », à se conformer à ces mesures de conditionnement et d’étiquetage.  Le ministre Kaboré indique, par ailleurs, que le processus d’implémentation a commencé depuis le 1er janvier 2019 et se poursuit jusqu’au 30 juin 2019.

1er juillet 2019, l’ultimatum pour changer les emballages

Après donc ce qui peut être considéré comme la phase de négociation, de discussion et de sensibilisation, le ministre Harouna Kaboré fixe un ultimatum pour l’application de la loi. Pour éviter de faire sortir le bâton à leur encontre, le ministre appelle « Tout fabricant, tout importateur n’ayant pas encore reçu le guide d’apposition des images et messages sanitaires, doit impérativement prendre attache avec la Direction Générale du Contrôle économique et de la répression des fraudes au ministère du commerce, de l’industrie et de l’artisanat pour s’en procurer. » Et à l’égard de ceux qui négligeraient cette invite, le ministre Harouna Kaboré signale que « pour compter du 1er juillet 2019, la commercialisation de tous les conditionnements de tabacs ne portant pas les nouveaux marquages sanitaires est interdite sur toute l’étendue du territoire national ». Il leur prévient qu’il attache du prix au strict respect des termes du présent communiqué.

Les OSC jubilent et restent sur leurs gardes

Les militants antitabac membres des structures comme Aconta et le Rejat saluent la démarche du ministre Harouna Kaboré. Nombré Abdoul Wahab, coordonnateur national du Rejat se lâche : « C’est une très bonne initiative, une très bonne échéance, et très bonne démarche que nous saluons fortement au niveau du Rejat. » Même son de cloche au niveau d’Aconta. Salif Nikiéma, président de cette organisation qualifie la démarche du ministre de « diplomatique » et surtout « opérationnelle ». Ces deux responsables s’accordent pour dire que « tous les paramètres évoqués ont été pris en compte par le document (c’est-à-dire le Guide ndlr) et qu’il n’y a pas de raison que les textes ne soient pas appliqué ». Ces organisations préviennent que si l’échéance n’est pas respectée, elles se remobiliseront immédiatement pour les industriels du tabac se plient à la loi.

Quand le tabac devient une autre arme contre l’Afrique

Sept (07) millions de personnes meurent chaque année dans le monde de maladies dues à la cigarette, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).  Pendant des décennies, les fabricants ont camouflé cette vérité qu’ils savaient parfaitement. Mieux, ils avaient réussi à donner à la cigarette un côté glamour, branché, sexy, comme dans les films américains de l’époque, où les acteurs avaient toujours une cigarette à la bouche. Des rapports accablants ont été publiés, des personnalités ont témoigné publiquement de leur calvaire sanitaire après avoir contracté des cancers de la gorge ou du poumon dus à la cigarette. Les lobbies des fabricants, infiltrés jusqu’au cœur des pouvoirs, ont été montrés du doigt (voir Cash Investigation, « Tabac la grande manipulation »).

Des lois de plus en plus restrictives ont été édictées aux Etats-Unis et dans les pays européens visant la réduction de la mortalité due au tabac. Ces mesures font mouche, car les ventes de cigarettes baissent, les taux de mortalité dus au tabac aussi. Pour compenser la baisse drastique du nombre de fumeurs dans les pays nord-américains et européens, les fabricants jettent leur dévolu sur les pays en développement notamment d’Afrique pour s’assurer de nouvelles parts de marché. Ainsi, ils pratiquent des publicités agressives ciblant les jeunes. Pire, ces cigarettiers mettent à la disposition des fumeurs africains des cigarettes « toxiques ». Un rapport explosif intitulé “Les cigarettes suisses font un tabac en Afrique”, publié par l’ONG suisse Public Eye, démontre que les cigarettes vendues en Afrique sont plus toxiques que celles fumées en Europe. Cette assertion est corroborée par le travail de la journaliste d’investigation Marie Maurisse, qui a fait tester en laboratoire des cigarettes fabriquées en Suisse – où sont basés plusieurs géants du tabac tels que Philip Morris International, Britsh American Tobacco, Japan Tobacco International. Le résultat montre que les cigarettes destinées à l’exportation “hors Europe” sont bien plus fortes, plus addictives, et plus toxiques que celles vendues en Suisse ou en France par exemple.

Selon l’OMS on estime aujourd’hui à 77 millions le nombre de fumeurs en Afrique. D’ici 2025, ces chiffres augmenteront de près de 40% par rapport à 2010. Soit la plus forte augmentation observée à l’échelle mondiale. L’institution des Nations unies prédit qu’en 2025, les taux de tabagisme augmenteront dans 17 des 30 pays d’Afrique. Pour changer cette donne notamment au Burkina, l’application des mesures prises l’Etat nécessaire. Mais les industriels du tabac semblent ne pas vouloir laisser faire. Au Togo, au Burkina Faso et en Ethiopie, le même fabricant a envoyé des lettres aux autorités pour leur expliquer que les paquets neutres n’avaient pas d’effet sur la baisse de la consommation.

Hamidou TRAORE in”)},

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