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Iliassa Sankara, l’étudiant spécialiste en ‘retouche choco et slim’

Il s’appelle Sankara Ilassa. Née le 20 février 1991 à Niamblé (Côte d’Ivoire). Etudiant en 2e année à l’Unité de Formation et de Recherche en Science Exacte et Appliquée (UFR/SEA) –Filière-mathématique-Physique-Chimie- de l’Université Professeur Joseph Ky-Zerbo. Face à l’adversité des conditions de vie et d’étude sur le campus, et déterminé à aller au bout de ses études, Sankara Ilassa n’a eu d’autre alternative que de mettre en branle son génie créateur qui sommeillait en lui. Son génie lui a entrainé dans la couture avec un leitmotiv : « Corriger ce que les couturiers ont mal fait ». Un business a priori banal mais florissant rapportant à ce physicien en devenir ma énormément d’argent. Mieux, Sankara Ilassa ne cesse d’engager d’autres étudiants avec une double logique. D’abord humanitaire, c’est-à-dire aider ceux qui traversent une situation exécrable et ensuite profiter de ses installations.

L’étudiant n’a pas cherché à faire le tour de tous ces fonds publics dédiés à l’entreprenariat de la jeunesse. Ou même à se triturer les méninges avec les tests psychotechniques pour une hypothétique entrée dans la fonction publique. Il a juste su observer et occuper un domaine que presque personne jusque-là ne faisait attention. Pratiquement, sans un sou au départ il a pu lancer une entreprise où des clients de toutes classes et de toutes conditions se bousculent pour faire défaire, refaire voire parfaire leurs vêtements. Sankara Ilassa assure que son savoir-faire s’étend sur toute sorte d’habits. Pantalons, chemises, vestes, etc. Sauf les « dessous ». « On retouche tout ce que la machine a touché c’est-à-dire les pantalons, chemises, jeans, même les vestes, etc sauf les calba (c’est-à-dire slip en nouchi ndlr) et tout ce qui est dessous quoi ! ». Aujourd’hui, il a son concept : « Retouche choco, les spécialistes en slim ». La pratique de ce concept marche bien Mais pour en arriver à là, il fallait avoir l’audace et le flair.

D’aide-vendeur d’habits à son atelier personnel

Tout a commencé dans une boutique de vente de la friperie prêt-à-porter. Quand Ilassa Sankara n’avait pas cours, il donnait un coup de même au patron du magasin qui en retour lui rétribuait en quelques espèces sonnantes et trébuchantes. Ce qui lui permettait de combler des besoins vitaux comme assurer sa pitance quotidienne. Pendant qu’il vend, le jeune étudiant constate que nombres de clients se plaignent des formes de beaucoup d’habits. Tantôt, ils sont trop gros, tantôt trop petits. Les plaintes persistaient jusqu’à ce que Ilassa se rappelle qu’il a un petit savoir-faire en matière de couture et qu’il pouvait le mettre à profit. Il en fait part à son patron qui l’encourage fermement à le faire. Iliassa Sankara profite des congés pour se rendre en famille en Côte d’Ivoire pour récupérer, la machine à coudre, « l’héritage » que son défunt père leur a légué. En famille lorsqu’il énonce son souhait de rentrer au Burkina avec la machine pour se débrouiller, personne ne trouve d’inconvénients. Au contraire, sa demande venait à point nommé car c’était l’occasion pour certains pour rendre la machine utile. Mieux, la mère lui donne son O.K. C’est ainsi que Ilassa Sankara revient à Ouagadougou muni de la fameuse machine. De retour dans la boutique, Ilassa a désormais une autre occupation en plus de vendre les habits. Il « retouche » tout ce que le cleint voit comme une anomalie. Et son travail était jugé satisfaisant. De plus en plus de client viennent faire des achats d’habits et lui confient d’importante quantité à « retoucher » et relooker. Commençant à être débordé, il décide d’ouvrir son propre atelier de couture (de retouche et de relookage).

L’atelier ‘Retouche choco, les spécialiste en slim’ drainent des clients

Déjà à la fleur de l’âge, Ilassa ouvre sa première entreprise. Elle est située dans un lieu stratégique. A Zogona un quartier populaire. Celui des étudiants et non loin des Université Professeur Ky-Zerbo et OuagaII. La devanture de l’atelier est couverte d’une banderole constellée d’image de pantalon, chemises, vestes, t-shirt, etc et estampillée en grand caractère ‘Retouche Choco, les spécialistes en slim’ faisant également office du nom de l’entreprise. Il est rare de s’y rendre sans apercevoir une impressionnante clientèle. Cet atelier est spécialisé dans le refaçonnage de vêtement selon le goût et la volonté du client. Ilassa assure que son atelier est spécialisé dans le relookage de vêtement déjà cousu. Il s’interdit de coudre de nouveau vêtement même devant l’insistance des clients. « Dans la vie si tu veux manger, il faut se spécialiser. Il ne faut pas être généraliste », leur rétorque toujours Ilassa. Il assure que pour faire un bon travail, il prend toutess les précautions au départ et leur stratégie consiste à « mesurer 100 fois et couper une seule fois ». Mesurer 100 fois pour ne pas se tromper. Ses clients viennent de partout. Ils ont fonctionnaires, étudiants, enseignants à l’université, cadres des administrations publiques et privées. Pour s’en convaincre, il suffit de constater les cylindrées qui garent devant l’atelier. Nombreux sont ceux qui expriment ouvertement leur satisfecit du travail du jeune Ilassa et son équipe.

Ilassa forme et offre de l’emploi

Au regard de la forte demande, Ilassa a engagé dans un premier temps un autre étudiants qui s’y connait en couture. Les deux à leur tour tout en cherchant leur argent, décident de former des jeunes qui veulent également être des « spécialistes en slim ». Et chaque fois qu’apprentis a la maitrise, Ilassa met à sa disposition une machine qu’il lui loue avec un contrat clair. Le formé à son tour a ses clients mais remet une somme forfaitaire (modique) quotidiennement au propriétaire Elassa. C’est d’ailleurs lui qui leur donne tous les accessoires dont ils ont besoin et s’occupe de la maintenace des machines. Les formés ne vient juste pour travailler et pour « éviter les histoires de ‘j’ai travaillé et on ne m’a payé, je leur impose un petit prix et le reste c’est pour eux. Je fais ça pour les aider aussi » souligne-t-il. Aujourd’hui, ils sont une dizaine d’étudiants que Ilassa a pu octroyer une activité génératrice de revenu leur permettant d’étudier dans de bonnes conditions. Ils sont unanimes pour dire que l’atelier leur assure une vie acceptable comparativement à des milliers d’étudiants qui ne doivent compter sur le FONER et l’aide de l’Etat. Elassa projette ouvrir un autre atelier et engager davantage ses camarades étudiants. Avec sa situation financière radicalement améliorée, Ilassa projette s’inscrire concomitamment à l’université dans une grande école pour un diplôme professionnalisant.

Rappelons qu’à l’origine son défunt père fut couturier. Ilassa reconnait qu’il ne s’était pas adonné à fond dans l’apprentissage du métier de couturier auprès de son père. « Je n’ai jamais fait deux bonnes semaines pour apprendre la couture. Je quittais l’école et je venais passer quelques temps à l’atelier et quand il est l’heure, je prends mon argent et je repartais en classe. Mais je connaissais juste les bases de la couture ».

Hamidou TRAORE

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