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Dette publique : Le décryptage du docteur Mohamed Kinda

Pour obtenir le titre de docteur en économie, l’étudiant Mohamed T. Kinda s’est penché sur le thème : « Dette extérieure, croissance et vulnérabilité économique en Afrique subsaharienne ». Encadré par les Pr. Pam ZAHONOGO du Burkina Faso et du Pr. Abdoulaye SECK du Sénégal, l’impétrant a décroché son parchemin avec la mention très honorable. A travers cet entretien, le désormais docteur décortique des aspects de la dette publique.

Pourquoi avez-vous choisi le thème de la dette publique ?

Je me suis intéressé à 42 pays de l’Afrique subsaharienne. Et cette étude s’étend de 1985 à 2012.  Il faut dire que la question de l’endettement est fondamentale, parce que tous les pays au niveau de l’Afrique subsaharienne ont des déficits en termes d’épargne intérieure.

C’est-à-dire ?

C’est-à-dire que si l’épargne intérieure n’est pas importante cela ne peut pas permettre de financer les investissements.

D’où le recours à la dette ?

C’est qui peut justifier le recours au financement extérieur. Il faut par ailleurs souligner que le financement auprès des institutions financières internationales se fait à des taux concessionnels. C’est-à-dire à des taux d’intérêt très faible. Ce qui motive ces pays à facilement opter pour ce type de financement.

Quel est le lien avec la croissance

L’un des objectifs de la macroéconomique pour ne pas dire le premier objectif pour tout pays, c’est d’abord atteindre un niveau de croissance économique très élevé parce qu’à travers ce niveau on peut d’abord créer la richesse, penser à refinancer certains secteurs et penser à résoudre certaines questions d’inégalité au plan national. Donc, j’ai essayé  de voir si la dette contribue à la croissance économique des pays de l’Afrique subsaharienne. C’est à cette problématique que me suis intéressé. Mais, j’ai ajouté l’aspect de vulnérabilité qui peut se définir comme le risque pour un pays de voir son développement entravé par des chocs externes ou naturels… Ici, il s’agissait à de demander si la dette ne contribuait pas à rendre vulnérable ces différents pays sur le plan économique. Concernant le lien avec la croissance économique, il faut dire que les avis restent partagés car des auteurs montrent le lien positif et d’autres le lien négatif. Mais le débat actuel s’est plus porté sur l’existence d’un effet de seuil de la dette extérieure sur la croissance économique, c’est-à-dire qu’à court terme la dette entraine un effet positif sur la croissance économique, mais à long terme à partir d’un certain niveau (seuil) l’effet devient négatif.

Dette, croissance et vulnérabilité. Lorsqu’on met ces trois concepts ensemble, quelle conclusion pouvons-nous tirer ?

D’abord, il faut préciser que je me suis intéressé à l’effet non linéaire (effet de seuil) pour montrer que comme le disent certains auteurs, la dette peut avoir un effet positif sur la croissance économique, étant donné que la dette peut être utilisée pour financer les investissements productifs. Certains par contre montrent que la dette va engendrer une dépendance des emprunteurs vis-à-vis des créanciers. Ce qui peut constituer un frein pour le développement de ces pays.  Mais il faut dire que le débat actuel ici se situe plus sur la détermination d’un seuil (niveau) optimal d’endettement. On admet que les pays ne peuvent pas se passer de la dette mais qu’il faut essayer de contrôler le montant de la dette. Et certains auteurs comme tels Reinhart et Rogoff (2012) montrent que lorsque la dette atteint un certain seuil, elle peut avoir des effets négatifs sur la croissance économique. Cela veut dire qu’à court terme la dette peut contribuer à la croissance mais dès que la dette atteint un certain montant le surplus risque de ne pas être utilisé à bon escient ce qui peut se constater par la gabegie, la corruption. Je me suis également préoccupé de cette question à savoir l’impact de la qualité des institutions et de la gestion des deniers publics.

A quels résultats êtes-vous parvenu ?

Les résultats auxquels j’abouti montrent qu’il existe un seuil d’endettement optimal pour les pays d’Afrique subsaharien, conditionné par la qualité des institutions.

Qui détermine ce seuil ? Les créanciers ?

Non. Il y a ce qu’on appelle seuil de jure c’est-à-dire les seuils définis par les différentes organisations sous régionales. Par exemple le seuil autorisé par l’UEMOA qui est de 70% du PIB. Cela veut dire que la dette ne doit pas dépasser 70% du PIB. Mais au cours de notre recherche nous nous sommes rendu compte que les données sur la période de 1985 à 2012 montrent que le seuil d’endettement permis est de 23,5%  du PIB. Ce qui veut dire que les seuils admis par les institutions sous régionales sont très élevés. Ce qui fait que les pays concerné par notre étude se retrouvent dans la zone négative c’est-à-dire dans la zone où la dette contribue négativement à la croissance économique. Donc cela nous permet à ce niveau de faire une recommandation qui est le fait de réduire le niveau du seuil notamment les 70%.

Est-ce que la dette a aidé le Burkina Faso ?

Il faut dire que le modèle au niveau de la croissance économique qui a été abordé est le modèle de panel qui capte un effet global de tous ces pays de l’Afrique subsaharienne. Concernant le Burkina, nous nous sommes plus intéressés à l’aspect de vulnérabilité. La dette contribue à rendre le Burkina vulnérable mais cette vulnérabilité est très faible par rapport aux pays qui ne sont pas dans la zone UEMOA. La vulnérabilité du Burkina est maitrisée par le fait qu’il appartient à une zone monétaire. Les pays appartenant à la même zone monétaire sont liés par des accords qui font qu’ils arrivent à s’en sortir face à des chocs. Nous nous sommes également intéressés à la question de la soutenabilité de la dette du Burkina. A ce niveau je tiens à préciser qu’il faut différentier la notion de solvabilité de celle de soutenabilité. La solvabilité s’intéresse à la capacité de remboursement tandis que la soutenabilité se base sur la cohérence de la politique budgétaire appliquée. Le résultat de notre travail montre que la dette du Burkina Faso est faiblement soutenable, c’est-à-dire que le pays pourra faire face à sa dette dans le futur. Et cela, grâce à l’exploitation minière entre autres. Mais il faut prendre cela avec beaucoup de réserve. Car cette soutenabilité est faible étant donné que le secteur minier n’est un secteur sur lequel il faut baser un développement solide. Mais l’évolution actuelle de l’économie du Burkina peut permettre de dire que le Burkina sera capable de faire face à ses engagements en termes d’endettement.

Quand on considère ce qui est arrivé à la Grèce, au Congo avec les fonds vautours, et de façon générale les pays qui ploient sous le poids de leur dette extérieur dû au taux d’intérêt. Peut-on dire que la dette est problème ?

Il faut noter que la dette peut être une bonne opportunité pour les pays qui la contracte. La difficulté qu’on peut noter est liée au service de la dette. Le service de la dette, c’est une partie du montant, du capital emprunté plus l’intérêt à verser pendant une période donnée. C’est cette partie-là qui constitue généralement la contrainte majeure parce que c’est au niveau des ressources propres du pays qu’il faudra mobiliser pendant toute cette période pour le remboursement. Et plus l’échéance est repoussée avec les processus de rééchelonnement cela entraine aussi des montants élevés en terme d’intérêt.  Ce qui fait que les ressources propres nationales diminuent parce qu’une grande partie sert à rembourser la dette. Et cela a des inconvénients car les investissements publics sont réduits. Ce montant servant au remboursement remplace les ressources qui devraient être injectées dans des secteurs porteurs pour que l’économie puisse bien se porter.

Donc la dette c’est un problème. Surtout que lorsqu’il y a problème d’argent ce sont les services sociaux qui souffrent le plus.

Effectivement, la dette peut constituer un problème. On ne peut pas le nier. Mais, il faut dire que normalement, la dette doit servir au financement de projets productifs qui vont permettre de générer de la richesse qui permettra également de rembourser cette dette et de telle sorte le pays puisse profiter au maximum des ressources empruntées. Maintenant, si cette dette est utilisée pour des dépenses de prestige, …

Comme les éléphants blancs…

Exactement, comme les éléphants blancs, c’est clair que le pays ne sortira jamais de ce cercle vicieux qui est le recours à l’endettement. L’idée est qu’au même moment le montant important du service de la dette contribue à affaiblir la croissance économique et plus la croissance est faible plus le pays est vulnérable et plus il dépend de la dette. Ainsi, il se retrouve dans un cercle vicieux et il ne peut pas s’en sortir. Ce pays sera obligé de recourir à chaque fois au service de la dette. Si ce pays est reconnu en tant que mauvais payeur, il risque de ne même plus bénéficier de la dette.

Tout récemment les nouvelles autorités du Burkina sont allées chercher de l’argent à Paris. On parle de don, mais certainement il y a une partie qui est une dette pour financer le PNDS, étant donné que vous avez travaillé sur la question de la dette publique extérieure, quelle analyse pouvez-vous faire de cette démarche ?

Pour ce qui concerne le PNDS, ilfaut dire que comme le gouvernement l’a annoncé environ 63.8% de ce programme sera financé sur ressources propres à travers les recettes fiscales. Et les 36.2% représentent les besoins de financement. On peut dire en termes de seuil que ce taux est acceptable. Maintenant, la grande question c’est la capacité de l’économie nationale à pouvoir supporter ce financement de plus de 60%. Parce que l’Etat sera obligé d’augmenter les impôts ou élargir l’assiette fiscale pour pouvoir augmenter les recettes fiscales. Et même temps en le faisant, cela peut entrainer un effet négatif. Comme on le dit plus d’impôt tue l’impôt. Rappelons que le premier ministre a eu dire que l’Etat ne peut tout faire à lui seul surtout en matière d’emploi. D’où, l’Etat doit être accompagné par le secteur privé.  L’augmentation des impôts entrainera non seulement une augmentation des charges des ménages. Et il peut avoir des remous sociaux. Mais aussi la hausse des impôts entrainera la réduction des profits des entreprises privées. En ce moment, ces entreprises ne seront pas en mesure d’embaucher. C’est pour dire que cette politique peut avoir des effets contraires par rapport à l’atteinte des objectifs de croissance économique. Egalement, si l’Etat ne fait pas tout pour renforcer la sécurité au plan national et trouver des solutions aux différentes grèves qui secouent certains ministères, bien sûr  en commun accord avec les différents acteurs, il sera difficile d’atteindre les objectifs visés par le PNDES.

Pour revenir à votre thèse, vous avez formulé des recommandations pour une économie performante. Pouvez-vous revenir certaines de ces recommandations ?

La première recommandation concerne les institutions de bretton Wood, la banque mondiale et le Fonds monétaire international mais aussi les institutions sous-régionales c’est-à-dire l’UEMOA et la CEMAC. Etant donné que notre thèse montre que le seuil d’endettement au niveau régional et international est très élevé, nous recommandons que ce seuil soit revu à la baisse. Un autre élément, c’est prendre en compte l’hétérogénéité entre pays. Ce, pour dire que les pays n’ont les mêmes réalités et appliquer les mêmes politiques économiques sur ces pays qui ont une hétérogénéité économique et institutionnelle peut provoquer une divergence dans l’atteinte des objectifs. Donc, ce qu’on demande, c’est de prendre également en compte la spécificité des différents pays au niveau des questions d’endettement. Parce que sur le plan institutionnel certains sont en avance sur d’autres. Dons pour nous, il faut prendre en compte cet élément institutionnel avant d’octroyer la dette. Nous demandons également de prendre en compte la vulnérabilité comme un critère au niveau du processus d’endettement. Certains pays sont très vulnérables face à un certain niveau de dette. Et si on ne tient pas compte de sa vulnérabilité, on peut à travers l’endettement conduire le pays au chaos. En d’autres termes, l’octroi d’une importante dette à un pays vulnérable contribue à mettre à mal les fondamentaux économiques, l’équilibre extérieur du pays. Il faut préciser que la plupart des montants d’endettement s’effectue en devises étrangères, et le remboursement entraine également un coût au niveau des réserves des banques centrales. ;\lsdprior

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